Pascal Gallet
piano
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Critique de Jolivet CD
16 avril 2008, 9:00 pm
15/04/2008 - Classique
Pascal Gallet poursuit son intégrale de l’œuvre d’André Jolivet
Sonate n° 1. Concerto pour piano.
Avec la Sonate n° 1 et le Concerto pour piano, le pianiste s’impose comme l’un des meilleurs spécialistes du compositeur français.
Pour jouer la Première Sonate ou le Concerto pour piano de Jolivet, mieux vaut avoir de bonnes mains. Si l’on peut trouver, dans le répertoire pianistique, des œuvres plus virtuoses, l’écriture de Jolivet n’en demeure pas moins complexe, d’autant qu’elle demande à l’interprète d’alterner les modes de jeu pour s’adapter aux climats changeants de la musique.
Parler de la Première Sonate en évitant tout jargon musical n’est pas chose facile. Avec ses références souterraines à l’œuvre de Bartók, son tissu musical complexe et son énergie particulière, elle peut prêter à toutes les métaphores. C’est un avantage et un inconvénient. Avantage : on peut sans risque l’évoquer à partir de soi (ce qu’elle produit). Inconvénient : le commentaire est voué à louper son objet (en musique, il faudrait éviter de confondre effet et cause).
Cela étant, Jolivet est tout sauf un compositeur obscur et ses compositions ont pour vocation de sonner. On ne peut pas mettre à l’écart la quasi-jouissance que cette musique produit, précisément parce qu’elle fonctionne à la fois sur le terrain du langage (la structure qui nous dirige) et sur une énergie plus archaïque (le continuum sonore qui nous happe). C’est particulièrement évident dans la Première sonate, mais c’est vrai également dans le Concerto.
On aura pourtant tendance, en écoutant ce disque, à parler de climat et d’énergie au détriment de la forme. La raison tient, me semble-t-il, à l’aspect très physique de cette musique, qui, par effet de contamination, conduit l’auditeur à perdre ses repères temporels. Ainsi, la quasi-suspension du temps dans le deuxième mouvement de la Sonate crée un état curieux chez ceux qui ont suivi, le souffle court, la marche implacable qui l’a précédée. Et cet état – qui est très exactement en symbiose avec la musique – a quelque chose à voir avec ces rêves éveillés qui mêlent au silence des mots les images informes qui nous ont saisis.
Le Concerto pour piano a été composé quelques années après la Sonate. Lors de sa création à Strasbourg, il a déclenché un petit scandale, scandale à vrai dire assez incompréhensible aujourd’hui. L’œuvre frappe encore une fois par sa progression dramatique, progression qui réserve au piano un rôle à la fois central et périphérique. Formidablement expressif et d’une construction formelle implacable, il mériterait d’être plus souvent joué… Un grand merci donc à Pascal Gallet pour ce disque rare, remarquablement interprété.
Mathias Heizmann
Arte
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