Alain Trudel
Conductor & trombonist
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Alain Trudel astonishing!
May 6, 2004, 9:00 pm
Le mercredi 05 mai 2004
LE SOLEIL, Steve Deschênes
Le tromboniste Alain Trudel, le trompettiste Jens Lindemann et la pianiste Louise-Andrée Baril, ont clôturé de belle façon la saison Classique et Compagnie, hier soir.
CRITIQUE
Alain Trudel éblouit !
Régis Tremblay
Le Soleil
Québec
Rares sont les instrumentistes qui possèdent autant que le tromboniste Alain Trudel le sens du spectacle, allié à un sens musical hors du commun. On ne pouvait espérer meilleure performance, dans le meilleur sens du terme, pour terminer avec éclat la saison Classique et Compagnie, hier soir, à la cathédrale de la Sainte-Trinité.
Faisant honneur à sa réputation, le tromboniste a choisi de dérider et d'impressionner le public dès l'ouverture, avec une pièce très peu jouée, tant ses difficultés sont grandes : l'Air varié de l'Américain Arthur Pryor. Mais ici, difficulté ne signifie nullement aridité, puisque cet air-là ne manque pas d'air, ni d'humour ! Attaquer sans réchauffement cette pièce coriace était un défi stimulant pour le virtuose, qui s'est ri des variations extrêmes (un peu comme on dit sports extrêmes !) de cette courte pièce, quitte à se permettre quelques libertés, avec la complicité de la pianiste Louise-Andrée Baril. Une audace qui n'a pas tardé à enthousiasmer le public. Une salle comble à laquelle il a fallu ajouter des chaises dans l'allée centrale, pour accueillir tout le monde.
À partir de ce moment, les mélomanes ne demandaient qu'à suivre Alain Trudel dans d'autres variations, plus romantiques celles-là, imaginées pour le violoncelle par Beethoven, en s'inspirant fort librement de La Flûte enchantée de Mozart. Une transcription pour le trombone qui soulignait l'originalité de la partition, mais aussi la hardiesse du transcripteur. Une interprétation qui réussissait un bel équilibre entre poésie et fantaisie.
Introduisant avec enthousiasme son ami, le trompettiste Jens Lindemann, Trudel nous a servi un plat de résistance gratiné, un Trio de Jean-Michel Damase dont l'ingrédient musical principal n'était plus la virtuosité, mais la densité. Cette pièce devait permettre aux deux amis des dialogues alternativement sereins et étoffés. Dans l'allegro final, la pianiste Louise-Andrée Baril, qui jusque-là s'était faite discrète, s'est mêlée à la conversation avec esprit et tact.
La deuxième partie du programme a débuté avec une pièce toute récente du jeune Catalan Salvador Brotons, Sonate opus 82, qui a permis à Trudel d'explorer des régions plus sombres du registre du trombone. Par moments, la gravité et la douceur s'harmonisaient pour nous laisser mieux voir toute la profondeur du jeu d'Alain Trudel. L'instant d'après, c'étaient de folles chevauchées en solo qui étourdissaient. Un bel éventail de couleurs d'émotions. Un temps fort pour le virtuose.
Pour alléger l'atmosphère, le tromboniste a choisi deux courtes pièces divertissantes: Pièce en forme de Habanera de Ravel, et Légende celtique de Paul Fiévet, question de préparer le terrain pour une composition de Trudel, Visions, où les trois musiciens ont été rejoints par le percussionniste Jean-Marie Zeitouni...
Un coup de gong bien appuyé, et les hostilités étaient lancées ! Le terme n'est pas trop fort pour décrire ce haut-relief sonore où accès et accalmies se succédaient en cascade, recherchant constamment la surprise et déstabilisant l'auditeur avec un malin plaisir. « Une juxtaposition de violences, des excès de jeunesse ! » selon l'aveu de son auteur. Une œuvre qui a ébranlé l'assistance !
Le Soleil le 5 mai 2004
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